dimanche 9 août 2026

"Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur."

 

Exercice proposé par Éric-Emmanuel Schmitt dans son cours de maître écriture :

Écrivez une courte nouvelle commençant par :
« Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur.”

 Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur.
S’il n’était pas impératif, voire urgent, de couvrir mes cheveux gris lorsqu’une forêt enneigée commence à se dessiner à la racine de mon cuir chevelu.
Les battements de mon cœur grimpaient l’Himalaya lorsque mon artiste coloriste me donna un coup de fil pour annuler notre rendez-vous en raison d’un dégât d’eau au salon. Je feignis d’abord la désinvolture (après avoir exprimé ma sollicitude pour la fâcheuse infiltration, évidemment).

-          Bon, c’est ça qui est ça. Ma repousse devra attendre un brin. Ce n’est que des cheveux après tout!

 J’admire ces femmes qui embrassent la teinte # blanc polaire-argenté mais pour moi, c’est non. Je me déculpabilise en pensant à ma grand-mère qui a endossé assidûment sa coquetterie mensuelle jusqu’au crépuscule de sa vie. Finalement, j’abdique et demande s’il peut me recommander un spécialiste de la coloration disponible subito-presto-le-jour-même-ça-urge.
Je suis (je crois) un être simple et sans chichis mais on ne badine pas avec mon café, mon vin et mes cheveux - sans gris. Point. Après avoir noté l’adresse de mon sauveur, mon rythme cardiaque repris ses petites vagues entrecoupées d’une montagne abrupte. Ouf! Merci la vie.

Il faisait beau et pas trop chaud. Alors, j’ai pris mon vélo pour me rendre chez mon sauveteur capillaire. Une fois les présentations d’usage et le bouquet de remerciements livrés, je m’installe sur une chaise et me mets à feuilleter un “House & Home”. Je plonge dans la piscine de rêve proposée par un designer de bassins haut de gamme (oui, je suis discrète et modeste mais je rêve d’une piscine infinie avec cascades (pourquoi pas au pluriel!) pour y faire mes longueurs quotidiennes avec un “pool boy” (jeune mais pas trop quand même) qui veillerait à son entretien et…). Ma rêverie est interrompue par la sonnerie de la minuterie. Le temps est venu de passer au lavabo.

Yeux ouverts, yeux fermés, des narines pour deviner un shampoing aux effluves de caramel et de vanille - un mélange odorant s’approchant du popcorn sucré.
Un moussage en profondeur qui fait du bien à la manière d’un chien bien-aimé qu’on voudrait libérer du jet malodorant d’une mouffette. Je me laisse allègrement brasser le coco en continuant de fantasmer mon luxe aquatique.

Une fois l’addition réglée, j’enfourche ma bicyclette turquoise - direction maison. Mes cheveux propres et délicieusement parfumés sèchent librement sous mon casque assorti à mon véhicule à deux roues.
Sur le chemin du retour, je croise plusieurs voitures vintages aux immenses ailerons arrière et une ribambelle de décapotables aux couleurs pastel ornées de pare-chocs chromés.
Une tradition du dimanche bien ancrée chez les collectionneurs de ma région…
Pourtant, on est vendredi aujourd’hui, non?
Oh well. À bas les questions inutiles. Je me recentre sur le bonheur de naviguer mon confortable bolide à pédales qui me donne l’allure d’une quinquagénaire assumée mais dont bien des gens doivent se moquer. Peu importe. J’m’en câlisse!

Arrivée à bon port, la motarde enlève son casque en secouant la tête pour déployer sa crinière aux reflets dorés sous un soleil radieux. Un ralenti sexy avec pour seul spectateur, son chat Billy. Sa prestation digne d’une publicité de shampoing la fait sourire. En entrant dans la maison, le miroir anéantit son moment de gloire éphémère. Ses frisottis ébouriffés n’ont rien d’une pub mais tout de Bozo le clown.

Des pas se font entendre dans la cage d’escalier. Fiston, vêtu de son éternel t-shirt noir, s’est coiffé du look banane rockabilly. Je pouffe de rire. Mon fils et moi partageons le même humour “à la prank” où on orchestre des scénarios absurdes pour tester les réactions du public piégé.
Il me lance un regard sans équivoque. Celui-ci semble éradiquer la possible farce et affirmer que le jeune homme n’a pas envie de blaguer. Le mâle en devenir à l’expression faciale ferme boit son expresso d’un trait, enfile ses chaussures de sécurité et me souhaite un faible “Bonne journée” en passant le cadre de la porte.
Oh well. “Vivre et laisser vivre.” 

Fidèle à ses habitudes, l’assiette de la veille fourmille de miettes (parfois, d’insectes aussi) et la télévision est restée allumée. On y présente un documentaire sur Elvis Presley. Je m’attarde un peu devant l’écran. Son charme et sa voix unique sont indéniables. Je décide de laisser les airs du King accompagner la Reine du foyer pendant que je ramasse les détritus laissés dans le sous-sol de notre cher héritier. Quelques vêtements semés ici et là tracent l’itinéraire emprunté entre la salle de bain, la chambre et le sofa. J’en profite pour faire des flexions sur jambes en ramassant le linge sale (et me déculpabiliser (de probablement) en faire trop pour mon grand garçon de 20 ans).

D’énergiques enjambées pour escalader les marches jusqu’au premier contribuent à tonifier mon corps d’un demi-siècle (pense-t-elle;). Je laisse tomber ma charge sur le plancher de la salle de lavage pour entamer le classement des couleurs: foncé-couleur-blanc. J’étire le bras (autre exercice de musculation bien intégré à ma routine ménagère) pour piger une capsule de détergent à lessive sur l’étagère mais en vain. Rien. Le bol rempli de dosettes aux allures de bonbons aux bleuets a disparu. 

-          Ben voyons donc! Ils les ont tous mangés ou quoi? 

C’est seulement à ce moment que je remarque l’éléphant dans la pièce. Ma laveuse! À sa place se trouve une lourde cuve métallique de style rétro surmontée de deux rouleaux en caoutchouc.

-          Ok. Elle est bonne. 

Mes hommes m’ont prise à mon propre jeu. Elle est où la caméra cachée? Je dois admettre qu’ils ont dû se donner beaucoup de mal (et se tordre le dos) pour la mise en œuvre de cette attrape. Toujours incrédule, je cherche mon cellulaire pour photographier la machine à laver manuelle et l’envoyer aux farceurs en guise de félicitations. Ma sacoche sans fond héberge un microcosme de l’inutile mais l’objet recherché n’y est pas. Je fais la tournée des pièces de la maison en quête de mon mobile, celui où ma vie est consignée… Niet.
Oh well, j’ai dû le laisser chez le coiffeur.

En revenant à la cuisine pour appeler le salon avec notre téléphone fixe, mon œil trébuche sur un appareil à cadran rotatif doté de son long fil en tire-bouchon.

-          Vraiment? Ils se sont donnés, pas à peu près! 

Puis, le chrome, le formica, la boîte à pain, les pots assortis, les pyrex floraux, les couleurs vives et le linoléum à motifs de damier me firent basculer… dans les années cinquante.

Ce bain capillaire, cette mousse enivrante… Était-ce un billet pour monter à bord d’une bulle à voyager dans le temps? Est-ce que je retournerai chez le coiffeur pour récupérer mon cellulaire, revenir en 2026… ou seulement couvrir mes cheveux gris;)? 

Que feriez-vous?


-          Fin? -

jeudi 18 juin 2026

Un jour parfait

 


Les mésanges me tirent gaiement du sommeil avec leur hymne au printemps aérien. Toujours nichée sous la couette, je les imagine remonter à coups de petits bonds, l’arbre à la dentelle vert tendre situé tout près de ma fenêtre. Puis, le ronronnement de la cafetière attise mon amour pour l’élixir en devenir. Une invitation à quitter mon nuage duveteux pour savourer mon premier cortado. Je tente d’émerger mais notre féline au manteau noir ébène s’est (trop) confortablement installée sous la couverture, entre mon bedon et la sortie du lit. Que faire? Lily est si mignonne, si bien et je l’aime tellement! Une gymnastique peu élégante est mise en œuvre afin de tenter de m’extirper, sans déranger la reine de la maison (en fait, notre royaume compte aussi un prince et une duchesse). Mission avortée. Sa majesté n’a pas du tout apprécié. Note d’exécution pour ma contorsion quinquagénaire: - 0.

Pour me faire pardonner, je la suis dans sa course vers la salle de bain. Je laisse couler un filet où elle se délecte d’une tasse à l’eau de bain. Après l’avoir gratté entre les deux oreilles, j’en profite pour lui voler un câlin. Rituel affectueux “Ad vitam aeternam”. Après quoi, je descends au premier, escortée de (trop) près du Prince Billy. Notre danse synchronisée nous épargne une patte aplatie ou une rude culbute dans les escaliers.

Bien calée dans ma causeuse, l’héritier à la fourrure blonde fort distinguée s’est posé sur mes genoux à la manière d’un sphinx. Mon mari me rejoint au salon pour un café sans ordre du jour. Une discussion qui virevolte au gré de nos pensées. Survol de nos semaines, un brin de philo, des projets, la retraite, fiston, des voyages à rêver, des trucs à réparer ou un différend à sarcler. Un jardin où tout peut fleurir, être cueilli ou désherbé.

Il part pour sa course. Et moi? Nul besoin de courir (j’y veillerai plus tard). J’en profite pour entretenir mes relations épistolaires sur mon sofa, vêtue de mon pyjama dépareillé, délicieusement accompagnée de mon 2e café et de mon chat de poche..

S’ensuit une journée de travail, une activité, un musée, un peu de jardinage, un bébé à bercer, un document à réviser, des ateliers à donner (...) - c’est selon. Puis, une pause-sourire atterrit dans ma boîte de textos: un clip humoristique de la part mon grand garçon. Plus tard, c’est la joie lorsque j’apprends qu’il viendra souper, samedi! En après-midi, j’aperçois Charlot et Charlotte (“nos” écureuils;) qui se pourchassent joyeusement dans la cour. Après avoir débarrassé notre sous-bois de quelques branches tombées pendant l’hiver, je découvre une délicate fleur sauvage ayant réussi à se frayer un passage à travers un amas de feuilles. J’admire sa force et sa résilience.

À l’heure où le soleil éclaire ce qui nous entoure d’une lumière chaude et dorée, nous sirotons un verre de vin au salon. On y reprend notre discussion du matin ou on emprunte un autre chemin. Lorsque les rayons s’adoucissent, un repas gourmand succombe à nos envies du moment. Il est dégusté devant un film ou une série à télédévorer (ou parfois, à composter).

Puis, vient l’heure de la mise au lit (beaucoup plus tôt qu’à nos vingt ans;) dans une chambre où les fenêtres entrouvertes laissent filtrer la berceuse des grillons, des ouaouarons et une brise, si douce.

P.s. Il convient de souligner qu’à défaut d’avoir un ado rentrant à l’aube, c’est une chatte qui nous empêche parfois de fermer l’oeil;). Ainsi, pour que la journée reçoive le sceau “Jour parfait”, Duchesse Daisy parée de sa longue robe noire et de sa queue majestueuse devra être rentrée avant la tombée de la nuit.

jeudi 5 mars 2026

Attente, espérance…

Une vague de chaleur plonge le Québec dans la torpeur et la nécessité de s’hydrater, de se garder au frais, de ralentir nos activités, de veiller les uns sur les autres…

Je roule en direction de l’Hôpital de Montréal pour enfants. J’ai pris soin d’apporter un brumisateur, une bouteille d’eau glacée et des « ice packs » pour prévenir un malaise sur l’autoroute 20, mon climatiseur est en panne.

À mon arrivée, l’air est frais et régulé comme il se doit de l’être en milieu hospitalier. Dans le vestiaire, je salue mes collègues bénévoles aux tabliers bleu océan. C’est le changement de quart. J’attache les cordons du mien et je me dirige d’un pas hâtif vers l’ascenseur. J’ai hâte de retrouver le nourrisson qu'on m'a confié pour lui offrir mes bras et ma présence.

Bébé est là, bien éveillé et emmailloté. Si petit au milieu de son grand lit. Ses immenses yeux bruns sont toujours prêts à accueillir le sourire et les soins de son village aimant. Mon cœur se gonfle lorsque j’arrive enfin à ses côtés après avoir enfilé une chemise protectrice bleu ciel. Son regard intelligent, sa jolie frimousse, ses bras et ses adorables pieds me souhaitent la bienvenue en s’animant. Toute la vie en lui s’active. Une force tranquille qui lui permet d’exister au-delà de tous les fils, des machines qui suivent à la trace ses signes vitaux et alimentent son corps qu’on souhaite voir courir dans un parc, un jour.

Après avoir changé sa couche, je le prends enfin dans mes bras. Encore plus doucement et avec mille précautions, que je l’ai fait tant de fois auparavant avec mon garçon. Manœuvres délicates afin d’éviter d’emmêler ou décoller ses lignes de vie avant de nous installer dans le fauteuil gris à deux pas du lit. Sur la table de chevet trônent un téléphone, des documents, un crayon, deux albums pour bébé, un hochet, une Bible et une photo. Une maman au regard rempli d’espoir et d’amour pose avec son ange lové près de son cœur. Le décor est identique: le même fauteuil où nous avons trouvé refuge lui et moi en cet après-midi caniculaire. Bébé fixe l’objectif de la caméra d’un œil perçant et déterminé comme s’il attestait de sa vivacité pour la postérité.

Nous prenons un moment afin de lui créer un nid confortable. Ensuite, je lui lis une histoire dont les images colorées le captivent. Il les reconnaît, y trouve du réconfort. Sa maman a dû parcourir ces pages une ribambelle de fois avant moi. Bébé se frotte les oreilles avec ses mitaines imprimées de minuscules fraises. Elles servent à prévenir les grafignures qu’il pourrait s’infliger. Puis, il secoue la tête comme s’il disait « non ». Signe d’inconfort? Dans son corps, son cœur, son esprit? Je tente de le replacer en position assise car on m’a expliqué qu’elle facilitait sa respiration parfois difficile. Je fais sautiller doucement ma jambe pour le bercer tout en lui créant un nuage protecteur au creux de mes bras. Puis, je recouvre ses genoux et ses cuisses de mes mains à la manière d’une doudou humaine, enveloppante. Ses paupières glissent vers le sommeil, ses menottes gantées se déposent sur les miennes… Bébé s’endort.

Je le contemple. Combien de minutes se sont écoulées pendant que je veillais ainsi sur lui. Je n’ai aucune notion du temps qui file. L’horloge est hors de mon champ de vision, ma myopie de cinquantenaire ne me permet pas de lire l’heure affichée sur le cadran du téléphone à ma gauche tandis que les montres et les bagues doivent rester à la maison et les cadrans des différents appareils médicaux autour ont pour mission d’afficher des données plus cruciales que l’heure normale de l’Est. Donc, je tourne le regard et mes pensées vers la maman sur le cliché. La discrétion est d’or mais au fil de mes visites, j’ai compris qu’elle est monoparentale et tenue de travailler malgré l’hospitalisation de son fils. Une réalité déchirante que je peine à imaginer. L’empathie éclate alors que mon cœur de mère compatit avec la profonde douleur que cette femme doit porter pendant ses interminables journées passées loin de son bébé, pour gagner leurs vies.

La respiration sifflante, accélérée et plus bruyante qu’à l’habitude de bébé me ramène vitement vers lui. Son abdomen se gonfle et se dégonfle péniblement. Sans hésiter, j’active la sonnette pour alerter le personnel soignant. Une jeune infirmière entre prestement vêtue de son uniforme fuchsia. Elle prête une oreille experte après que je l’ai informée de mon inquiétude en lien avec sa respiration. Calmement, elle m’invite à déposer le petit, toujours endormi dans le lit. Il se réveille en émettant quelques gémissements pendant que celle qui a l’âge d’être ma fille alerte la médecin résidente de garde.

À ce moment, je m’accoude sur les rebords métalliques de la couchette en tentant de faufiler ma main parmi les fils pour finalement rejoindre la si petite main droite de bébé. À travers sa mitaine, je sens ses doigts se refermer sur mon index. Malgré son état de vulnérabilité, je ressens la vitalité avec laquelle il s’agrippe à moi.

Elles sont entrées. La médecin avec un stéthoscope autour du coup et l’infirmière accompagnée d’anges dansant à ses lobes. Bébé les regarde alors que l’équipe évalue, consulte et prépare un plan d’action. Quant à moi, je ne peux quitter des yeux son visage alors que son corps lutte pour libérer ses voies respiratoires. Rapidement, le traitement a été préparé et administré. Sans desserrer les doigts, petit sage a inspiré la bruine, son alliée pour l’aider à reprendre son souffle.

Pendant un moment, l’infirmière et moi sommes restées là, face à face, de chaque côté du lit. Elle, les mains occupées à tenir le masque et la tête de bébé pendant que je dépose mon cœur dans la paume du petit.

Il plonge son regard dans celui de l’infirmière alors qu’elle lui administre une fine pluie salvatrice et lui parle tendrement avec un sourire dans la voix. Après quelques secondes de silence, elle me confie que les gens lui demandent parfois pourquoi elle a choisi la pédiatrie. C’est difficile, lui disent-ils. Elle leur répond que sa place est ici, là où elle peut soulager et accompagner les enfants. Sa confiance rayonne et inspire lorsqu’elle prend bébé dans ses bras pour le réconforter des longues minutes de ce traitement crucial.

Une fois son état stabilisé, il a pu à nouveau se lover contre moi. Je lui ai chuchoté mes souhaits d’enfance les plus doux en le cajolant et lui offrant quelques instants de moi. Il n’y a pas l’ombre d’un doute – ma place est près de lui, nulle part ailleurs, ici et maintenant.

Installé à la manière d’un bébé Bouddha, il s’est endormi. À tour de rôle, infirmières et pédiatres se sont relayés pour évaluer bébé, sincèrement préoccupés par son état vacillant. Des êtres humains sondant leurs expertises respectives afin d’identifier le meilleur protocole. Faire abstraction de ses émotions pour permettre un jugement éclairé. Je les admire et les respecte. C’est ce qui me motive à rester ancrée pour ne pas sombrer dans l’émotivité.

Nous sommes tous réunis pour veiller au bien-être de bébé pendant que sa mère n’y est pas (de corps car son cœur, lui, il est près de lui, toujours). Puis, est venu le temps de le redéposer dans son lit, de le changer, le border et le couvrir de mots doux avant de le quitter. Lui, si petit dans son grand lit.

Un sentiment de culpabilité m’envahit alors que j’avise son infirmière que je quitte l’hôpital pour la journée. Mon quart de bénévolat est terminé. J’opte pour les escaliers plutôt que l’ascenseur. Mon cœur se serre et pourtant, j’ai l’impression de l’avoir laissé dans sa paume en quittant sa chambre, trop vaste et vide. Je tente de tracer une coupure entre les quatre murs de la cage d’escalier et les huit étages à dévaler. Des marches que je descends à pas lent pour reprendre le cours de ma vie. Compartimenter. C’est la clef.

En attendant, je ne peux faire autrement que de songer à bébé et à sa maman en espérant que la vie ne soit pas trop injuste avec eux…

vendredi 21 novembre 2025

Fuir pour tenter de s’enraciner ailleurs…

 


Trois

Un bidon d’essence à tondeuse, une allumette et l’étincelle du délire. Trois éléments. Une mère et deux enfants. Trois vies basculent. Quant à l’esprit du père, il aurait dû être entre les mains de l’équipe médicale, celle que la femme avait implorée de surveiller. On ne l’a pas prise au sérieux. On n’a rien fait. La maison a flambée.

-        Je ne réponds plus de moi.

C’est ce qu’il a prophétisé en la regardant sans la voir avec ses yeux verts obscurs.
Elle le croit. Le mal l’a déjà emporté avant ce jour d’été. La jeune maman de 25 ans l’a vu, entendu et s’y est brûlée maintes fois en tentant de l’aimer pour le meilleur et pour le pire. Ses psychoses l’ont fait frémir et incitée à se retrancher trop souvent auparavant.

Quatre jambes et un petit cœur d’à peine deux semaines s’élancent chez le voisin. Un prêtre ayant loué un chalet sur leur bord de l’eau. Elle cogne sa vie et celles de sa progéniture sur la porte. On ouvre enfin. Avec l’énergie du désespoir (ou de l’espoir), elle arrive à expliquer au curé en vacances que son mari ne va pas bien du tout, qu’il voue un culte à Jésus, à la religion et qu’il bénéficierait d’une homélie.
Une nouvelle-née dans les bras et une fillette de trois ans à ses côtés, elle le supplie :

-        Allez lui parler svp! Il vous écoutera!

-        Ce n’est pas d’un prêtre qu’il a besoin. C’est d’un médecin.

Encore à ce jour, elle revoit la porte se refermer cruellement sur un visage sans ride de charité chrétienne. L’amour pour son prochain, envolé en fumée comme la bonne parole qu’il prêche assurément du haut de son autel, dans son Église. Au seuil de l’indifférence et de la détresse, elle se tourne vers une autre adresse où trouver refuge en attendant que la fureur menaçante de son mari soit passée.

***

Elle sourit dans sa jolie robe jaune soleil qu’on lui a dégotée quelque part après l’incendie. La femme aux cheveux longs et dorés par les rayons d’un intermède auprès de sa famille est assise sur une chaise de jardin. Elle protège son bébé bien emmailloté alors que l’aînée doit être tout près à se balancer sous les arbres. Personne ne peut soupçonner le drame derrière ce moment d’accalmie capté par la caméra de son cher cousin.

Schizophrénie. Un mot qu’on peine à écrire correctement. Un mal qui fait peur. Une maladie capable de provoquer des séismes à la magnitude dévastatrice si elle n’est pas traitée, contrôlée. Ses obsessions, ses voix, ses hallucinations, sa carabine entre les jambes en se berçant, ses menaces, sa violence, ses crucifix, ses condoms de l’adultère trouvés sous le lit conjugal, ses poignets tranchés, ses entrées et ses sorties de l’hôpital psychiatrique, ses visites terrifiantes, ses pilules jetées dans la cuvette, etc. Cette perte de contact avec la réalité, son mari, le père de ses jeunes enfants en est affligé. Par ricochet, elles en ressentent les redoutables secousses jusqu’au jour où la frontière de l’infernal leur intima la fuite. La dernière. Une porte qu’elles barreront à double tour pour toujours.

***

Son instinct lui criait de ne pas les laisser partir mais elle ne put résister devant l’insistance et les reproches du frère de son ex-mari. « Un père a le droit de voir ses enfants. » avait-il martelé. L’oncle les embarqua dans sa voiture avec leur petit bagage et les amena à des centaines de kilomètres de leur refuge. Il veillerait sur elles. Tout irait bien. C’est ce qu’elle se répétera tel un mantra à chacune de ses respirations. Une interminable fin de semaine à inspirer et expirer pour se garder en vie.

Au retour, sa grande fille de 6 ans a prononcé une seule phrase. Courte mais catégorique :

-           Je ne veux plus jamais le revoir.

La maman a cherché par tous les moyens d’en savoir plus mais rien n’y fit.
Cette visite « supervisée » avec son père, chez son oncle, la força à s’édifier une muraille infranchissable.

Elle

Elle a peur. Peur d’être comme lui. Peur de sa folie. Peur qu’il la retrouve. Peur de lui. Ça la réveille la nuit. DRAGON. Elle hait son nom de famille. Il la lie à lui. Un nom étrange qui suscite l’attention, celle qu’elle redoute et craint comme une intrusion qui risque de mal tourner.

Pour les autres, elle n’a pas de père. On ne lui en parle pas non plus. Comme si on savait qu’il ne fallait pas. Comme si elle irradiait cette interdiction tel un panneau lumineux affichant :
« DÉFENSE DE DEMANDER. DANGERSSS. »

À la manière d’un kaléidoscope, elle entrevoit par l’ouverture de la serrure de son enfance, des éclats de souvenirs,  des retours en arrière à l’âge de l’innocence. Elle a tenté de s’en approcher, d’y toucher mais à chaque fois, vertige. Son cœur et sa tête s’affolent. Ils la prient de ne pas franchir le seuil de ce qu’elle a su museler.

Sur une route de campagne, elle aperçoit un homme errant sans raison d’être. Il existe entre deux champs. Un espace-temps partagé alors que leur voiture le dépasse, lentement, trop lentement. Malgré une crainte viscérale d’être démasquées, elles ne peuvent s’empêcher de tourner le regard à tribord. Tapies dans leurs sièges pour ne pas sombrer, la réalité dépasse la fiction. C’est lui. En accéléré, la famille recomposée se pose sur la terrasse du nouveau conjoint. L’homme qui naviguait entre deux horizons émerge dans la cour du voisin. Impossible réalité. Elle vomit sa peur, les années d’épouvante qu’elle croyait avoir étouffées et enterrées.

***

À 25 ans, elle agite le drapeau blanc. Assez des nausées,  des cauchemars, des tiraillements dans l’estomac, des « et si… » qui composaient son ordinaire depuis le premier âge. Elle décide de consulter. Accompagnée de sa précieuse alliée, elle met deux mots sur ses maux : anxiété généralisée. Cette bouée psychologique, elle l’espère, lui permettra de souffler, de vivre plutôt que de survivre.

Je

Je n’ai pas fait comme les autres. J’ai nagé à contre-courant. Souvent aux antipodes de ce que la société valorise. J’ai peut-être mis trop d’emphase sur certaines inquiétudes, valeurs ou sphères de ma vie au détriment de possibilités que je n’ai pas osé embrasser. En contrepartie, mes pas me guidaient inconsciemment sur le chemin de l’ « être » plutôt que du « faire ». En choisissant de vivre, j’ai rapidement réalisé que j’évoluerais autrement. « Être » moi et tendre vers une certaine quiétude requiert une vitalité considérable. C’est un paradoxe que je ne m’explique plus. Je l’assume. Je suis pleine de failles mais j’arrive à fléchir sous les aléas de la vie sans casser. C’est déjà ça de pris!

Au fil des décennies… J’ai trébuché, je suis tombée, je me suis relevée, je suis retombée, j’ai rebondi plus haut en me promettant d’en aider d’autres si je m’en sortais.
La porte, celle qui fait peur, qui fait mal, elle est toujours là. Fermée. J’ai parfois été tentée de l’entrouvrir en pensant me libérer de mon passé mais le flot des maux m’a fait perdre l’équilibre, le mien, celui que je me suis créé au cours des années. Toutefois, je ne la barre plus à double tour et je ne la tiens plus à bout de bras. Elle est là, tout simplement. Je suis maintenant persuadée que je ne gagnerais rien à tout remuer. Au contraire, je risque de perdre pied. J’ai tellement gagné à la loterie de la vie. Des coups durs mais bien plus de coups circuit.
Un mari que j’aime, un fils que j’adore, une famille et des amis pour m’entourer…

J’ai un diplôme universitaire, je travaille toutefois souvent à contrats et à temps partiel sans être devenue la professionnelle en droit ou en journalisme à laquelle j’aspirais. J’ai des idées et des projets plein la tête alors que mes mains restent souvent dans mes poches. Le seul rôle où je me suis dépassée sans jamais me questionner ni freiner, c’est celui de maman.

Certains diront que c’est cliché mais je persiste et signe : « C’est le plus beau et le plus grand cadeau que la vie m’ait offert ». Point.

Il y a quelques printemps… Un message. Quatre mots de ma mère : « Ton père est mort. » Je suis dans la salle des profs, près de la fenêtre, le gazon est jaune. Je suis seule. Je suis libre.

Des années plus tard…

-        Il est où ton père? me demande candidement un élève de première année en me regardant avec ses yeux bruns intelligents.

Je suis debout devant la petite table rouge où il est installé avec ses camarades.
Je suis bouche bée. La question me laisse sans voix. Trois secondes de flottement et je remonte à la surface pour m’entendre lui répondre calmement :

- Il n’est plus là.

Quatre mots (ou presque).

Les enfants ne distinguent pas les enseignes fluorescentes qui clignotent : « DÉFENSE DE DEMANDER. DANGERSSS. ». À moins que mon écriteau soit débranché, évaporé? Il m’aura fallu plus de quatre décennies mais aujourd’hui, le mur édifié autour de ma jeunesse n’a plus lieu d’être. La menace est éteinte. Je suis en sécurité. Je peux prendre racine, me déployer.

Trente adresses plus tard…

Fatiguée, elle est assise sur le bout de son sofa, entourée de ses possessions, épurées par les multiples envolées. Entre deux boîtes à vider et un lit à monter, elle vient de griffonner nerveusement un numéro de téléphone. Sur ce même bout de papier, elle avait noté quelques instants plus tôt, la chronologie et l’itinéraire de ses nombreux déménagements. Trente. Trente nouveaux départs dans l’espoir d’y trouver un peu de paix.  Propulsée par la foi de cueillir un armistice intérieur à la prochaine adresse.

Elle a raccroché avec sa cadette après lui avoir lu les 10 chiffres du centre de crise gribouillés sur la feuille lignée. Malgré les 162 kilomètres qui les séparent, le trajet entre son cœur de mère et le sentiment d’urgence omniprésent de sauver sa fille des affres de l’anxiété et de la dépression est direct et sans escale.

Il y a 46 ans, elle a fui le tsunami de son mari. Celui qui a provoqué une onde de choc soudaine et profonde en percutant toutes les sphères de leurs vies. Une amplitude qui a heurté brutalement sa famille au passage. Ce raz de marée instable et imprévisible s’est infiltré chez-elle, sans y avoir été invité.

Aujourd’hui, elle ressent encore les secousses provoquées par les troubles de santé mentale et le manque criant de ressources. Comme si elle ne pouvait échapper à l’épicentre d’un « tourbillon humain».

Sa plus jeune est une femme pétillante, attachante, travaillante, sociable qui adore danser, rire, voyager et être dans l’action. C’est celle qui animera la soirée et qui vous fera sentir à l’aise dès les premiers instants. Un jour, tout a basculé. Puis, une série d’événements s’est enchaînée où la souffrance a trouvé refuge dans les bras de la dépendance à l’alcool et les drogues. Résiliente, elle s’est relevée plus d’une dizaine de fois au fil des années afin de reprendre sa vie en main et suivre des thérapies en centres de dépendance. Des hauts et des bas ont teinté sa trajectoire au cours de laquelle un trouble de santé mentale s’est révélé : Trouble de personnalité limite. Bref, elle n’est pas LA MALADIE mais elle a besoin d’aide et sa famille aussi.

Son souhait lorsqu’elle soufflera ses 72 bougies l’hiver prochain : un centre, une maison, un refuge où sa fille se poserait doucement pour panser ses plaies et apprivoiser le flot d’émotions qui la fait chavirer lorsqu’il la happe.
Alors, le parfum des fleurs qu’elle continue d’humer malgré l’appréhension constante d’un orage filial deviendrait plus serein et leur beauté plus vive.

D’où elle est assise, son aînée observe le regard las et inquiet de leur mère. Comment lui insuffler cette quiétude qui devrait naturellement fleurir à l’âge de la retraite? Troquer les tourments pour des escapades en eau douce, les palpitations pour des rires tranquilles, les nuits d’insomnie pour des jours heureux?
À l’aube de ses cinquante printemps, elle aspire à larguer les amarres, à quitter la culpabilité qui se terre en elle. Depuis trop longtemps, elle valse des deux côtés de la frontière. En transit entre son souci d’aimer, soutenir et celui de vivre sa vie, la sienne.

Son cœur de fille, de sœur espère un investissement accru qui permettrait un accompagnement adéquat aux personnes atteintes de troubles de santé mentale. Un filet de sécurité vital sur lequel les proches pourraient s’appuyer pour les aider sans en avoir le souffle coupé.
Un allié pérenne leur accordant la liberté de les aimer, tout simplement.

Est-ce que ce vœu est une destination utopique, un mirage, les prémices d’une autre fugue ou un espoir accessible?

FIN



vendredi 7 mars 2025

À la femme que tu deviendras,

 



La journée internationale des femmes tend à souligner les progrès réalisés sur les plans social, économique, politique et culturel ainsi qu’à réfléchir aux efforts à mettre en œuvre afin de préserver et poursuivre les précieuses avancées des femmes. Le 8 mars, c’est aussi l’occasion de célébrer les figures féminines marquantes de notre histoire afin d’inspirer les jeunes filles à tracer leur propre trajectoire.

Or, qu’est-ce qu’un parcours de « femme » réussi?

À toi, femme en devenir,

Cette question t’accompagnera au fil de ta vie telle une boussole qui t’incitera à honorer les pas de ces femmes courageuses qui t’ont précédée.
J’espère, toutefois, qu’elle ne pèsera pas trop lourd dans ton baluchon, qu’elle ne deviendra pas un fardeau mais plutôt un guide que tu sauras façonner à ton image.

Tu choisiras (ou pas) d’être en couple, d’avoir des enfants, une vie professionnelle bien remplie…
Peu importe la vie que tu te dessineras (ou qu’elle tracera en partie pour toi), je t’insuffle une estime de toi qui facilitera ton épanouissement. Veille à entretenir un regard bienveillant mais dénué de complaisance ou de doute envers toi-même.

Sois une digne gardienne de ta valeur en prenant garde à la comparaison et au jugement. Des échos de la société qu’il faudra apprendre à filtrer afin de préserver ton essence, la personne que tu es et celle que tu souhaites devenir. Ce sera à toi d’envisager la meilleure avenue à emprunter. Il te faudra parfois nager à contre-courant en misant sur tes choix, tes capacités et ta confiance.

Apprends à t’entourer de gens qui t’aiment d’un amour vrai, généreux et qui sauront te mettre au défi lorsque le doute se pointera là où il ne devrait pas.
Les autres, laisse-les partir à la croisée des chemins.
Tu élargiras ainsi les voies pour aimer et donner plus amplement à ton tour.

Au fil du dernier siècle, plusieurs caps marquants ont été franchis pour les droits des femmes.
Malgré tout, certains enjeux demeurent et d’autres sont susceptibles de se fragiliser.
Aujourd’hui, demain et toujours, les femmes gagneront à unir et célébrer leur unicité.
N’oublie jamais que de petits gestes peuvent faire de toi une grande femme.

Est-ce que réussir sa vie de femme, c’est aussi…
Se réaliser peu importe la forme, l’ampleur ou la reconnaissance qui y sera associée;
Allumer des étincelles d’humanité ici et là;
Tendre la main, l’oreille à celle ou celui qui en a besoin;
Se relever, continuer d’avancer, les yeux fiers et la tête haute;
Valoriser les grandes et les petites victoires?

La vie de femme que tu te tailleras, je te la souhaite sur mesure, pour toi.
La mensuration « taille unique » n’existe pas (et si c’était le cas, est-ce enviable?).
Si un bon de commande existait, j’inscrirais…
Imperméable au jugement des autres;
Vaporeuse pour laisser passer la lumière les jours de doute;
Légère pour te permettre de te réaliser, danser ta fierté;
Et…précieuse.

Photo: la femme derrière la petite fille, c'est ma grand-maman, mon roc 💓⭐

lundi 23 décembre 2024

Itinérance | Une goutte d’humanité peut percoler



Bien emmitouflée dans mon manteau à capuchon, je sillonne les rues de Montréal avec mon sac à dos. Je porte attention à ceux qui n’auront pas la chance de reprendre la route d’un nid douillet lorsqu’ils en auront assez. C’est officiellement le premier jour de l’hiver mais pour eux, il fait froid depuis trop longtemps déjà…

Un homme tend son verre de carton aux automobilistes arrêtés au feu rouge. Je lui offre un sac dans lequel il trouvera des bas chauds blancs (cela permet de détecter plus facilement les blessures qui risquent de s’infecter si elles ne sont pas soignées), deux barres protéinées et trois dollars pour un café (ou ce qu’il décidera d’en faire), du chocolat et une carte de souhaits. Que souhaiter à un être humain vivant en situation d’itinérance? Mon cœur tenait à lui exprimer mes vœux, à le « voir » et à entretenir l’espoir. L’homme m’a remerciée et j’ai repris ma route afin de ne pas lui faire louper le prochain feu rouge et sa potentielle récolte.

Quelques pas plus loin, j’aperçois un homme assis bien droit sur un banc où un rayon de soleil le baigne dans une lumière chaude et calme. Une fois près de lui, je le salue et lui demande s’il accepte ma pochette. Son visage reconnaissant acquiesce en me demandant:

- Quel est votre nom?

- Geneviève et vous?

J’ai dû m’y prendre à trois fois afin de bien prononcer son prénom.
D’une voix patiente et souriante, il m’en explique l’origine :

- Je suis un Montagnais de la région de Sept-Îles.

On se serre la main. L’homme à la force tranquille est à Montréal depuis 11 ans. Il s’ennuie de son coin de forêt. En pointant à gauche avec sa main nue boursoufflée par une exposition répétée au froid mordant, il désigne un organisme venant en aide aux sans-abris. Il dit avoir eu vent qu’on y offrait parfois un billet pour retourner dans sa communauté. D’un ton chagriné, il lâche:

- Je ne sais pas... Maintenant, l’édifice semble vide, sans personne là-bas.

Un financement non renouvelé?

Au coin d’une rue achalandée, un homme s’enroule dans des couvertures de fortune alors que plusieurs passants le contournent, les bras chargés de paquets griffés.  Je ne trouve pas mieux à faire que de laisser mon petit sac près de ses souliers… À trop peu de mètres de là, je croise une autre personne étendue à même le sol, sale de tout ce qu’on peut imaginer avec pour compagnons, des pigeons picossant autour de sa couchette. Tant de boîtes de carton vues ici et là ont probablement servi de « matelas » à d’autres...

Je me sens ridicule avec mes maigres offrandes. Les besoins sont si vastes, vitaux et les ressources insuffisantes.

J’aperçois une femme âgée coiffée d’un joli bonnet blanc, vêtue d’un pantalon de pyjama à carreaux rouges et noirs derrière un panier de magasinage chargé de ce que je présume être, ses précieuses possessions. Je lui offre mon modeste don, elle me sourit en me graciant de son regard bleu océan :

- Vous êtes un ange!

Celle qui pourrait être ma mère est fière de me parler de sa vie d’antan :

J’avais un appartement charmant, impeccable. Je regardais la télévision avec mes chats. C’était une vie tellement agréable!

C’est à ce moment qu’elle tourne son carrosse vers moi pour me présenter son fidèle compagnon : Holly, un chat noir bien installé dans sa cage recouverte d’une couverture. Puis, un homme attablé au café d’à côté s’approche et demande à Winnie (nom fictif) si elle souhaite un café. Ce gentil homme prend le temps de s’enquérir de ses préférences. Il revient avec le breuvage chaud. Nos regards se croisent et sans un mot, l’homme prend ma place sur le banc. Avant de partir, je les regarde et mon cœur se gonfle d’espérance… Une goutte d’humanité peut percoler et se transformer en ce que chacun d’entre nous prendra le temps de créer.

"Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur."

  Exercice proposé par Éric-Emmanuel Schmitt dans son cours de maître écriture : Écrivez une courte nouvelle commençant par : « Rien ne s...