mardi 10 septembre 2024

"Tout pour être heureuse"


La molécule salvatrice, celle de la dernière chance, celle au-delà de laquelle on lève le drapeau blanc pour ne pas devenir l’ombre de soi-même.
La psychothérapie, les séjours en psychiatrie, l’amour de ses proches et répétez.
Que dire? Quoi faire lorsque l’être aimé a TOUT essayé et qu’il peine à envisager l’avenir?

Les pattes (et l’esprit) qui se sont agitées frénétiquement sous l’eau pour garder la tête à flot depuis tant d’années sans arriver à ignorer que tout autour, plusieurs semblent glisser plus aisément sur les vagues de la vie.

Lorsqu’exister n’est plus suffisant et que l’espoir de se sentir utile, de contribuer à la société, d’être autonome et de développer son potentiel s’évanouit à force d’avoir tant essayé.
Cette personne aura été « chanceuse » si elle n’a pas croisé un « Secoues-toi les puces! » qui ne font qu’exacerber le sentiment d’incompétence, de ne pas être à la hauteur, une fois de plus.

Certains résisteront à l’appel des substances pour apaiser « le mal invisible» alors que d’autres tenteront d’y trouver un apaisement momentané au risque de le voir se transformer en cyclone destructeur.

Les troubles de santé mentale sont vastes et sans distinction. Nous sommes tous à quelques pas d’être touchés personnellement ou à titre de proche-aidant, d’avoir une sœur, un frère, un parent, un ami ou un collègue affecté par un trouble mental. Sans compter que tous les jours, nous croisons des gens qui en souffrent :

- le promeneur au regard triste (ou pas) croisé dans un sentier;
- la voisine dont la voiture ne bouge plus de son stationnement depuis plusieurs jours;
- la personne à qui on demande : « Comment ça va? » sans trop attendre la réponse ou en espérant un générique : « Bien, merci. »;
- le collègue dont les absences répétées portent à penser qu’il souhaite se la couler douce;
- celle « qui a tout pour être heureuse » mais dont le thorax l’oppresse au point de devoir courir plus d’une fois par jour pour se propulser ailleurs;
- l’itinérant, devenu orphelin de soutien;
- Etc.

Accompagner un proche est souvent un périlleux exercice d’équilibre où les limites sont difficiles à tracer. À cela s’ajoute la notion de confidentialité qui comporte son lot de frontières à naviguer.
Elles semblent encore plus imperméables lorsqu’on traite les troubles mentaux par opposition aux maladies physiques. Vivre SA vie en parallèle sans basculer dans la culpabilité et l’inquiétude est un défi de taille.

Ici et là, des organismes communautaires, des anges de la santé, des intervenants sociaux et des policiers font office de phares bienveillants auprès des personnes vivant avec un enjeu de santé mentale et leurs proches lorsque les ressacs de la crise se déploient.
Il n’en demeure pas moins que des investissements accrus en santé mentale sont vitaux afin de favoriser les avancées de la recherche, l’accompagnement, les services et… l’espoir.

Tant de maux humains et sociétaux semblent se rattacher à la santé mentale…
Elle mérite d’être au cœur de nos discussions, de nos préoccupations et de nos priorités.

Texte publié dans La Presse le 12 septembre 2024.

"Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur."

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