vendredi 27 novembre 2020
La musique donne des ailes à mon fils...
dimanche 22 novembre 2020
Les troubles de santé mentale : l’épicentre de tant de familles
Qui suis-je?
Je suis au cœur de la vie de tout
être humain en agissant tel un filtre qui prend parfois les couleurs de
l’arc-en-ciel. Pour certains, je fais la pluie et le beau temps qui permettent
difficilement la réalisation de leurs rêves d’enfant. Pour d’autres, tel un
tsunami, je provoque une onde de choc soudaine et profonde qui percute toutes
les sphères de leur vie. Mon amplitude me permet de heurter brusquement la
famille au passage chez qui je me suis infiltrée sans avoir été invitée. Je deviens
alors, l’épicentre de leur vie. Tel un raz de marée instable, je suis imprévisible
mais une chose est certaine, je reviendrai.
Signifiés par huissiers de justice : des mots/maux qui font mal au
ventre à lire.
Demandeur, défenderesse, mise en
cause, Cour du Québec, des articles du Code civil, des rapports de psychiatres…
Je tente de garder une distance entre ces mots qui défilent sous mes yeux et
mon cœur qui se serre. Un scénario de film. Je lis un scénario de film. C’est
ce qui m’a permis de prendre connaissance du deuxième document de la Cour
signifié par huissier de justice en trois jours.
Ces mots/maux qui font mal au ventre, je ne les ai pas partagés avec ma mère. Ils
lui déchireraient le cœur et les entrailles.
Maman est chez-moi depuis une
semaine. Non, elle ne réside pas à notre adresse mais en temps de pandémie,
porter assistance à une personne vulnérable, c’est permis. Il est 20 h, on
sonne à la porte. Son cœur s’emballe, le mien aussi. Une femme masquée me remet
un document replié sur lui-même. On tente de saluer comme on a l’habitude de le
faire avec le livreur de colis sauf que cette fois, on sait que le contenu n’aura
rien à voir avec l’un des items sur notre liste de souhaits. Je referme la
porte et derrière moi, ma famille est immobile en attente du verdict.
Ma mère s'est effondrée après les
mots "demande de garde en établissement". Elle a pleuré sa vie,
littéralement. Entre ses sanglots, maman crie son désespoir en maudissant mon
père. Il a gâché sa vie, même des années après sa mort, elle n'aurait pas dû le
marier, 40 ans plus tard, la maladie mentale frappe encore près d’elle... « La santé mentale dans ma tête, je n’en veux
plus! J’suis plus capable d’avoir peur!... ». Traduction :
MAUDITE MALADIE MENTALE! Trois mots de sept lettres qui définissent
parfaitement ses ravages.
Une autre histoire – celle que ma
mère a vécue avec mon père schizophrène et qu’elle a dû quitter pour protéger
sa famille. Et si seulement, ça aussi ce n’était qu’un scénario de film qui aurait
pu s’estomper une fois le tournage terminé.
Ma sœur, c’est elle.
Ma sœur c’est une fille pétillante,
attachante, travaillante, sociable qui adore danser, rire, voyager et être dans
l’action. C’est celle qui animera la soirée et qui vous fera sentir à l’aise
dès les premiers instants. Un jour, tout a basculé. Puis, une série d’événements
s’est enchaînée où la souffrance a trouvé refuge dans les bras de la dépendance
à l’alcool et les drogues. Résiliente, elle s’est relevée plus d’une dizaine de
fois au fil des années afin de reprendre sa vie en main et suivre des thérapies
en centres de dépendance. Des hauts et des bas ont teinté sa trajectoire au
cours de laquelle un trouble de santé mentale s’est révélé : Trouble de
personnalité limite. Bref, ma sœur demeure celle que je décris ci-dessus. Elle
n’est pas LA MALADIE mais elle a besoin d’aide et sa famille aussi.
Parce que.
Pourquoi parler (encore) des
troubles de santé mentale et de ses effets? Parce que. Parce qu’elle secoue et
fait perdre pied à la personne qui en souffre mais aussi à tant de gens autour
d’elle. Des proches qui s’essoufflent à vouloir aider, à trouver des
ressources, à naviguer les « trous de service », à se buter à La Charte des droits et libertés de la
personne, au mur de la confidentialité, aux jugements de la société, à
répondre aux questions bien intentionnées (ou non), à ne pas savoir quoi
répondre pour se protéger (ou ne pas créer de malaise), au sentiment de
culpabilité, à jongler continuellement avec l’espoir et les déceptions, à
sensibiliser (mais avec parcimonie parce qu’on ne veut pas être
« trop »), à tenter de se convaincre (ainsi que la personne atteinte)
que la clef est entre ses mains, à maintenir le cap en puisant cette force que
nous portons en nous, « and repeat ».
Par amour, ils tendent la main à l’être aimé en difficulté en essayant tant
bien que mal de ne pas se laisser emporter par cette tornade sournoise et
violente. Le discours clinicien leur a maintes fois conseillé de vivre « leur
vie » mais se mettre à l’abri d’un « tourbillon humain» n’est pas
chose facile.
Alors, voilà pourquoi il faut
continuer d’unir nos voix à celles de tant d’autres familles. S’il suffisait
d’une pilule pour mettre fin à ce cercle vicieux, ce serait merveilleux. Toutefois,
il faudra d’abord réaliser combien il est crucial d’investir en santé mentale
et pourquoi ne pas consulter ces familles qui ont accumulé au fil des années, une
panoplie de souffrances et par la même occasion, une certaine « expertise »
associées à ces zones grises et orageuses auxquelles elles sont confrontées.
Essayez d’aller travailler ou de vous occuper de votre famille lorsque votre
mari partage son intention d’incendier votre maison (et il l’a fait) ou que
votre enfant (même s’il est devenu adulte) tient un discours désorganisé et inquiétant.
Si c’était votre partenaire de vie ou votre enfant serait-ce aussi facile de
laisser le sarrau accroché derrière la porte au bureau?
Une brise d’espoir
Je veux croire à la portée du
« il faut en parler et pas seulement lors de la journée Bell cause pour la cause » qui peut
faire changer les choses. Une préoccupation partagée qui je l’espère, donnera
des ailes à ceux et celles qui n’ont pas demandé à vivre avec un problème de
santé mentale. À la fillette qui jouait dans la ruelle à dessiner son avenir ou
au garçon qui s’exerçait à devenir pompier, j’aimerais tant leur rendre leurs
rêves d’enfant... À leur famille qui les aime tant, j’insuffle une brise
d’espoir pour rire et partager avec eux ces petits bonheurs de la vie sans
craindre une onde de choc dévastatrice. Mon souhait à l’aube d’une nouvelle
année : démystifier les troubles de santé mentale et un investissement
accru permettant un accompagnement adéquat tout en assurant un filet de
sécurité aux personnes qui en sont atteintes. Et nous, les proches, on pourra
souffler un peu, les aider sans en avoir le souffle coupé mais surtout, être
là, pour les aimer, tout simplement.
Au nom de ma famille, j’offre un
bouquet de mercis à ces « anges policiers, hospitaliers, communautaires,…»
qui ont à cœur le bien-être des gens à qui ils viennent en aide et qui ont su
nous entendre, nous comprendre, nous soutenir et agir. Je garde espoir et
souhaite croire à l’effet papillon de ce qu’une communauté unie et sensibilisée
peut accomplir pour le bien de l’humanité.
"Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur."
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