dimanche 17 décembre 2023

Un souhait pour tous les Nicolas…


Je suis Nicolas (nom fictif).

- Moi, c'est Geneviève.

- Bonjour Geneviève. Je te serrerais la main mais j'ai plein de microbes, lance celui qui est habillé pour aller jouer dehors avec sa salopette et son manteau, les bottes d'hiver en moins. Il vit dans la rue. Nous sommes à huit jours de Noël, le froid approche...

Je me tiens debout devant lui. Nicolas est assis au sol sur un duvet autrefois immaculé, aujourd’hui marbré de saletés. Il me regarde de son regard bleu océan, en contre-plongée.
L’image me chavire… 
Le bel homme qui se trouve devant moi (oui, Nicolas aborde un physique attrayant) porte une casquette qu’il soulève de temps à autre pour gratter ses cheveux mi-longs aux reflets blonds roux.

L’espace d’un court moment, ici, maintenant, dans la rue, je baigne dans sa réalité…
Nicolas n’a plus de famille ni d’amis.

- Des amis comme ça, t’en veux pas, précise-t-il avec un sourire en coin.

Il répète à quelques reprises que ses parents ont été tués. J’écoute. Sa fille adolescente habite avec sa mère. Il ne la voit pas.

Qu'est-ce que je vais faire? L'amener ici, dans la rue! Je la laisse avec sa mère mais que personne ne la touche!, dit-il avec résignation mais bien ancré à l’amour viscéral du père.

Depuis que la vie de Nicolas a basculée il y a plus de 10 ans, il cumule les boulots en construction ici et là mais jamais assez longtemps pour se permettre un nid, à lui. Pendant ce temps, les policiers exigent qu’il se déplace…

- Je veux juste mon appartement, ma vaisselle... Je suis propre. Quand j'avais mon logement, on pouvait manger sur la céramique.

Nicolas n’est pas imperméable au jugement des autres.
Il en pleut des « Il n'a qu'à travailler » mais le filet de sécurité doit être tissé serré pour sortir de la rue. Tant de facteurs et de problématiques avec lesquelles jongler et si peu de ressources pour accompagner.

-  Je me suis battu, je me suis fait battre. Je suis fatigué.
J'ai le goût d'aller rejoindre ma mère au paradis.

Je passe une vingtaine de minutes avec lui parce que son histoire m'intéresse, parce que sa situation me bouleverse, parce que même si je viens de faire sa rencontre, je ne veux pas qu'il se jette devant une voiture comme il vient de l'évoquer. L’écouter et lui offrir des barres protéinées. C’est si peu...

Nicolas, c'est mon égal, c'est mon frère, mon cousin, mon collègue, mon mécano. Un humain qui a besoin d'aide pour se relever. Encore et encore s'il le faut.

Avant de reprendre mon chemin, je partage mon souhait avec Nicolas. J'espère de tout cœur qu'une main et une autre se tendront vers lui et qu'il les acceptera en sachant qu'il mérite de vivre décemment. Il a du potentiel, un grand cœur et tellement à offrir. Je sais, je l’ai vu dans ses yeux.

* Ma rencontre avec "Nicolas" a fait son chemin jusqu'à La Presse:
https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2024-01-04/itinerance/un-souhait-pour-tous-les-nicolas.php

mercredi 16 août 2023

Sur la route...

- une autoroute, du béton et des cônes oranges bordés d'un champ de petites fleurs blanches enjouées
- une maison abandonnée ornée d'une vigne florissante
- des nuages gris entre lesquels émane le bleu espoir du ciel
- un trajet en voiture assorti d'un mal des transports puis, la chaleur d'un rayon de soleil sur l'épaule tel une main aimante et réconfortante
- un arrêt station-service où souffle une brise oxygénante
- tout près, une vieille voiture fait demi-tour pour permettre à son conducteur au visage réjoui une rencontre virtuelle

Pendant ce temps...
- coeur de maman serré d'avoir laissé grand fiston à la maison, une escapade en amoureux bienvenue à la croisée d'un rôle parental à redéfinir
- cœur nostalgique d'une vie de famille passée, d'une garde rapprochée liée à la petite enfance qu'on doit se résigner à filtrer pour en extraire et chérir les fabuleux souvenirs
- une bulle familiale qui doit se remodeler pour se faire plus grande, flexible, moins étanche, plus aérienne
- malgré les encouragements gentiment moqueurs de l'amoureux-papa, la maman peine à laisser s'envoler leur garçon alors qu'il déploie ses ailes et qu'il a la vie devant lui
-Elle, à la frontière de la nostalgie, de la fierté, de la gratitude, de rêves et de pays à explorer
- Lui, déjà prêt pour ce nouveau trajet
- amalgame mère, femme, amoureuse (et grand-maman au pluriel un jour, je l'espère;)❤️





mercredi 16 novembre 2022

Prunelle de ma vie




Depuis toujours, tes yeux parlent plus que toi.
À quoi penses-tu?

Une décennie plus tard, nous passons une piste d'atterrissage...
Malgré la nuit tombée, je retrouve ces étincelles dans tes yeux alors que tu contemples en silence un terrain de jeu de tous les possibles...
Pourquoi insister pour parler lorsque ton regard si brillant m'offre un hublot avec vue sur tes rêves, tes étoiles...
Prunelle de ma vie, tu es parfait ainsi 💓

mercredi 14 septembre 2022

Réflexions d’une enseignante autrement qualifiée

 

La lecture de certains passages de l’article « Éducation - Ce qui devrait être important » (Patrick Lagacé, La Presse, 4 septembre 2022) m’a piquée mais surtout attristée, car il atteste de la perception négative qui prévaut envers les enseignants « non légalement qualifiés (NLQ) » œuvrant au sein du milieu scolaire. Je suis une enseignante NLQ mais je préfère de loin l’appellation « autrement qualifiée» (terme emprunté du témoignage de Julie Stea publié dans La Presse le 23 septembre 2021).

Sans détailler ici ma formation (techniques juridiques et baccalauréat en communication (profil journalisme)) ainsi que les compétences & valeurs acquises au fil de mon cheminement professionnel, je tenais à exprimer (bien humblement) mon point de vue.

Avant tout, je tiens à souligner que mon incursion dans le monde scolaire a été parsemée de rencontres enrichissantes parmi des équipes-écoles compétentes et dynamiques ayant à cœur la réussite ainsi que le bien-être des élèves. Des directions et des collègues qui m’ont fait confiance en m’offrant gentiment le soutien nécessaire afin de mener à bien les mandats qui m’ont été confiés.

Pourquoi?

Il y a plusieurs années, un concours de circonstances m’a ouvert les portes d’un établissement d’enseignement secondaire puis celles d’une école primaire et d’une autre… Près des jeunes, avec eux, je me sens utile, heureuse, perpétuellement en apprentissage et avide de leur offrir des opportunités stimulantes.
Est-ce que j’y arrive à tout coup? Certainement pas mais j’y travaille en maintenant le cap sur la bienveillance et l’importance de tisser des liens avec eux.

J’accepte…

À titre de membre du personnel NLQ, je suis reconnaissante de pouvoir collaborer à l’effort collectif d’une école visant à favoriser la réussite éducative des élèves.
Malgré tout, il convient de nommer certains éléments que nous acceptons afin de prendre part à cette mission :

-        Au fil des années, j’ai accepté de me retrouver devant une ribambelle de classes d’adolescents et d’enfants d’âge primaire heureux de m’accueillir ou parfois d’épater les copains/copines en « testant » la suppléante (et ce, souvent en ne disposant que d’un court préavis - tel un pompier lorsque la cloche de la caserne sonne);

-        J’accepte d’apprendre « en faisant » avec et pour le bien-être des enfants que j’accompagne;

-        J’accepte de faire des erreurs tout en ayant la certitude que la bienveillance sera toujours un maître de confiance;

-        J’accepte de respecter mes limites et de faire preuve d’humilité en déclinant des tâches d’enseignement à temps complet (consciente que je devrais y consacrer un nombre d’heures considérable en dehors de la semaine normale de travail afin de mener à terme et à ma satisfaction ce mandat fort important);

-        J’accepte des contrats au gré des subventions et du financement disponibles;

-        J’accepte d’avoir une situation professionnelle précaire et imprévisible d’une année à l’autre;

-        Je reçois un salaire huit mois ½ par année basé sur les heures travaillées auprès des élèves (incluant une courte plage horaire pour la préparation);

Ainsi, j’accepte qu’une banque d’heures non rémunérées puisse facilement s’accumuler afin de préparer des ateliers intéressants, du matériel, lire, m’informer, renouveler, organiser des rencontres informelles avec des enseignantes/orthopédagogues issues de mon réseau personnel afin de parfaire mes connaissances, etc. – comme le font évidemment, tant de profs dévoués;

-        J’accepte de ne pas recevoir de rémunération pendant le congé des Fêtes, la semaine de relâche et cie;

-        J’accepte d’ajouter plusieurs séances de tutorat à mes soirées de semaine afin de remédier à ce manque à gagner (mais surtout par amour pour la langue française et de l’enseignement).

Je refuse…

Toutefois, j’ai du mal à accepter les propos blessants de gens qui semblent regarder de haut les « enseignants autrement qualifiés » avec des remarques telles qu’« ils prennent n’importe qui… » ou lorsqu’on sert des comparaisons condescendantes en évoquant une analogie entre le travail des enseignants NLQ  dans les écoles et celui du mécanicien qui soignerait des patients à l’hôpital.

Ma réflexion ne vise pas à minimiser la formation liée à la profession d’enseignant.
L’utilisation de méthodes pédagogiques adéquates et efficientes est essentielle mais est-ce que le baccalauréat en éducation est le seul gage d’un enseignement de qualité? Alors que la pénurie de profs est préoccupante, est-ce efficace et proactif de contribuer à entretenir cette grogne agissant tel un brouillard sur une source de solutions?

Combien de journalistes émérites, de politiciens, d’acteurs et d’écrivains ont fait leur marque sans qu’on ne remette en cause leur droit d’exercer leur métier sous prétexte qu’ils n’avaient pas « le diplôme » associé à la discipline exercée? Selon moi, l’expérience pratique « sur le terrain » bonifie le bagage et les atouts du personnel « autrement qualifié ».

Je vous mets au défi de passer devant des salles de classe et d’identifier l’enseignant détenant un diplôme en enseignement ou celui diplômé dans une autre discipline.
Est-ce le certificat obtenu il y a une vingtaine d’années qui distingue les bons profs des autres?

Les formations proposées afin d’obtenir un brevet d’enseignement (pour les détenteurs de baccalauréat) sont longues et les places limitées. C’est parfois assez pour décourager l’enseignant NLQ bien intentionné mais qui après avoir mesuré les implications, décide de ne pas s’engager dans ce programme (j’en suis).
Toutefois, je dis « OUI » à la formation continue (en fait, ce serait souhaitable pour la plupart des professions – régies par un ordre ou non).

Proposition réaliste?

Mon humble proposition afin de pallier la situation qui existe dans les écoles :
- offrir un condensé "pédagogique" des meilleures pratiques ainsi que des ateliers afin de nous outiller pour mieux accompagner les enfants ayant des difficultés d’apprentissage et/ou des troubles de comportements (programme court et pratique);
- continuer de miser sur les partages parmi et entre les communautés d’apprentissage, promouvoir les initiatives florissantes d’écoles qui gagnent à être connues et adaptées à la réalité des différents milieux, etc.
Le tout…
 - juxtaposé à un baccalauréat dans une discipline jugée pertinente (comme on voit dans le descriptif de tant d’emplois) ainsi qu’une expérience de travail dont les compétences acquises sont pertinentes avec un soupçon de bienveillance et un désir d’apprendre assuré.

Est-ce une proposition réaliste?

***

J’ai la chance d’avoir fréquenté des milieux scolaires où l'on m’a traitée avec respect, douceur et générosité. Malgré tout, mon cœur valse entre mon désir de faire une différence (si petite soit-elle) auprès de ces jeunes avec qui j’adore cheminer et un travail où je serai « qualifiée » tout court.
Là, où je n’aurai plus à justifier ma présence / pertinence dans le monde de l’éducation. Parfois, je songe à quitter la salle de classe vers un emploi plus lucratif, stable, prévisible, exempt du « sentiment d’imposteur »…
Une chose est certaine, d’ici là, je continuerai à miser sur l’importance de tisser un lien avec les enfants que j’aurai le privilège d’accompagner. Un regard, un sourire, un encouragement à la fois, car leur bien-être et leur estime personnelle sont les piliers de tous les apprentissages qu’ils feront.

Geneviève D-Leduc

mardi 30 août 2022

YUL


 

Retardé, arrivé, devancé, annulé…
Retour, départ, reprise, nouvel envol…
Porte tournante de l’humanité
Aéroport ou fenêtre sur tous les possibles.

Femmes, hommes, jeunes, vieillards, duo, solo…
Regards heureux, sérieux, sereins ou inquiets
Visages bronzés, traits tirés, démarche lasse, pas énergique
Premier, trentième ou dernier périple…

Voyageurs suivis d’agent·e·s de bord élégant·e·s (probablement exténué·e·s) et de pilotes
Uniformes, cheveux grisonnants ou non, minces, beaux, grands ou bedonnants
Aparté: mais que dire de ces femmes aux commandes du poste de pilotage!
Je suis si fière d’elles que je dois freiner mon élan pour ne pas sauter par-dessus la barrière et leur faire un “high five”!

Accueil & fébrilité des retrouvailles
Affiche autour du cou d'un vieil homme venu chercher “Océane”
Attente, patience, impatience, pleurs d’enfants, excitation, amour
Frénésie à l’aube d’un retour espéré et du bonheur d’être à nouveau réunis.

Sacs encombrants, bagage léger, valises assorties, dépareillées…
Puis, le concert des roulettes dans le terminal, des sourires, des câlins et des baisers parmi l’écho des “Comment tu vas?”
Un ballon étoile argenté flotte doucement dans le firmament du moment
Probablement envolé de mains maladroites et emballées au cours d’une étreinte amicale, amoureuse où tout est possible…

dimanche 14 août 2022

Apprendre à vivre en regardant mes chats...


 Depuis quelques années, je m'appose personnellement l'étiquette de "cat lady" (et de "bag lady" mais ça, c'est une autre histoire;). C'est lancé avec humour et un brin d'autodérision...
Je me traite gentiment de Matante assumée!
Malgré tout, force est d'admettre que le simple fait de siroter mon café (un autre de mes petits bonheurs) en regardant ma Lily "chasser" un insecte et Daisy courir derrière un écureuil me fait sourire, vraiment.

Leur visite à la station spa pour y limer leurs griffes sur le tronc d'un arbre me comble de gratitude (beaucoup plus aimable que sur les bras de notre causeuse;)

Les félins semblent maîtriser l'art de la Dolce Vita et apprécier les bienfaits de la lenteur.

Les rayons de soleil voyagent à travers le feuillage puis atterrissent quelque part sur la pelouse...  C'est exactement à cet endroit que Lily s'assoit, fait une pause et prend le temps de contempler son entourage, son royaume...
En la regardant, je n'ai d'autre choix que d'entendre la brise qui fait chanter les feuilles, les grillons qui célèbrent l'été et remarquer que je n'entends pas le chœur d'oiseaux habituel...  Où sont-ils aujourd'hui? J'apprends alors qu'en août, certaines espèces se font plus discrètes le temps de renouveler leur plumage ou pour s'occuper de leurs oisillons, etc.

Tantôt, l'une se prélasse au rythme de la lumière qui se déplace au jardin, dans les pièces de la maison selon les saisons ou en faisant la sieste sur la sécheuse pour mieux profiter de sa chaleur et de ses vibrations. Pendant ce temps, l'autre dort en se pelotonnant dans mes vêtements, cachée dans un tiroir au fond d'une garde-robe ou sur le t-shirt de fiston qu'elle aime tant.

Le summum, c'est lorsque ma grassouillette de Lily se roule sur le dos dans la terre ou sur l'herbe pour un automassage ou simplement tenter de faire un brin de toilette (sa corpulence lui donne parfois du fil à retordre et elle peine à attraper sa queue - une scène attendrissante et comique à regarder;)

Elle se promène avec la prestance d'un lynx avec pour seule différence la bedaine qui se balance! Ma Lily ne manque pas une occasion de se délecter de quelques gouttes de produits laitiers en attendant patiemment que la cuillère tombe enfin dans le bol.

Cat lady, moi? Tellement!


lundi 8 août 2022

On est jamais seul(e) à Mtl...



 Je lis seule sur un banc de parc en attendant la prochaine représentation du film qui affichait complet à mon arrivée. Un homme âgé (mais plus jeune que son âge;) vêtu d'un jersey de soccer sonde mon opinion sur les probabilités d'averses:

- Croyez-vous qu'il pleuvra? Je me demande si je vais enlever la toile qui protège mon piano...

- Vous devriez prendre une chance!

Puis, je me replonge dans mon refuge littéraire.
Des adeptes du bocce jouent gaiement alors que des spectateurs improvisés félicitent la précision de leurs lancés. D'autres rattrapent le temps perdu ou se rassemblent autour d'une table à pique-nique avec bébé qui célèbre son premier été Montréalais. Je ne peux voir l'instrument d'où je suis mais j'entends la mélodie. Elle ajoute de la couleur à cette journée chaude, nuageuse mais si lumineuse. Il a décidé de découvrir le piano pour en jouer...
Quelques airs (et petites gouttelettes) plus tard, l'aîné vient s'asseoir sur le banc d'à côté et me lance :

- Je croyais bien qu'il allait pleuvoir!

En pointant un joueur cheveux poivre et sel au sourire fier, il me dit:

- Lui, c'est Marcel. Il est docteur. Elle, c'est Jacqueline et lui c'est..."

Il m'a présenté (à distance;) sa "communauté" en ajoutant :

- Ça m'évite d'être seul.

Puis, il se tourne vers moi et me demande :

- Vous, comment avez-vous atterri ici?

Sa question et son air surpris lorsque je lui ai nommé le patelin d'où je venais m'ont fait rire!
Un brin de jasette plus tard, on se présentait en se serrant la main pour se quitter avec un sincère et mutuel "Ça m'a fait plaisir!"



"Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur."

  Exercice proposé par Éric-Emmanuel Schmitt dans son cours de maître écriture : Écrivez une courte nouvelle commençant par : « Rien ne s...