Lucille
disait affectueusement : « Je
m’en vais voir mes petits vieux. » alors qu’elle avait rejoint
elle-même le rang des octogénaires. Grand-maman enfilait ses bottes, son
manteau, son chapeau et ses gants avant de jeter un coup d’œil dans le miroir
pour appliquer la touche finale à sa douce coquetterie, son rouge à lèvres.
Puis, un tour de clef dans la serrure, un escalier à descendre et hop! D’un pas
décidé, elle était en route vers l’arrêt d’autobus. Attendre en regardant les
passants ou la neige tomber (sans cellulaire pour se distraire…), trois marches à
grimper (Lucille est menue;-) et salutation courtoise au chauffeur (pourquoi
pas? Ça va de soi pour Grand-maman). Été comme hiver, elle voyageait en
transport en commun pour se rendre là où on l’attendait au bout de son trajet.
Là où elle se sentait utile. Là où elle distribuait son sourire, sa présence,
son aide (parfois aussi des biscuits) et quelques poussées d’humanité pour ses
aînés en fauteuil roulant.
Un
demi-siècle ainsi que moult événements historiques, culturels et politiques
séparent nos naissances… Malgré la distance générationnelle, Grand-maman a su
nous tricoter une relation qui encore à ce jour, réchauffe mon cœur et m’emplit
de sérénité. Une écoute authentique, de l’amour et « être », tout
simplement. Voici la recette de ma grand-maman qu’elle réussissait divinement
(tout comme son vaporeux et délicieux gâteau des anges;-).
À ma
connaissance, Lucille n’a jamais encouragé qui que ce soit à faire du
bénévolat. Elle le faisait, c’est tout. Généreusement pour ses « petits
vieux » mais un tantinet pour elle aussi, j’en suis persuadée.
Je ne peux que supposer car elle nous a quittés sans que je n’aie pu sonder ses
réflexions à ce sujet. Grand-maman a grandi parmi l’épicerie familiale, élevé
sa famille, collaboré à l’entreprise de son mari (mon grand-papa décédé avant
ma naissance) puis plus tard, occupé un emploi dans une grande firme d’ingénierie
de Montréal. Avec le recul, je me
demande souvent comment elle faisait pour garder sa maison impeccable
(ex : ménage du printemps / d’automne, frottage d’argenterie et du lustre),
travailler, cuisiner, aller à la messe le dimanche, lire, jouer au Scrabble, recevoir famille & amis,
naviguer les aléas de la vie sans oublier d’« être ».
À la
retraite, le réveille-matin et l’horaire du train ne régulaient plus ses
journées mais son cœur, lui, avait encore tant à donner. Je ne me rappelle plus
du moment exact où elle a commencé à « bénévoler » mais sans le
savoir, ni en avoir parlé, Grand-maman m’a légué ce désir.
Elle avec ses « petits vieux » et moi avec mes « petits
patients ».
Il suffit
de discuter avec un membre de son entourage ayant aidé un étranger à se sortir
d’un banc de neige ou offert une plage horaire à une cause qui lui est chère
(de façon spontanée, organisée ou pas). Vous entendrez un sourire dans sa voix
et observerez des étoiles dans ses yeux. Elles vous donneront peut-être envie
de vous joindre à un mouvement de solidarité. Apporter un peu de lumière dans
un monde parfois trop gris et « serre-cœur ».
Peu importe le temps dont on dispose ou les motivations qui incitent une personne à faire du bénévolat (ex. : briser l’isolement, tisser des liens avec sa communauté, se sentir utile, partager un talent, des connaissances, etc.). Donner, ça fait tant de bien. À qui? À tous mais je reste convaincue que le « donneur » reçoit bien plus que les heures offertes aux autres. Une richesse humaine partagée en vivant l’instant présent. Jeunes et moins jeunes, ensemble, nous pouvons contribuer à égayer notre monde de beauté.

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