vendredi 7 mars 2025

À la femme que tu deviendras,

 



La journée internationale des femmes tend à souligner les progrès réalisés sur les plans social, économique, politique et culturel ainsi qu’à réfléchir aux efforts à mettre en œuvre afin de préserver et poursuivre les précieuses avancées des femmes. Le 8 mars, c’est aussi l’occasion de célébrer les figures féminines marquantes de notre histoire afin d’inspirer les jeunes filles à tracer leur propre trajectoire.

Or, qu’est-ce qu’un parcours de « femme » réussi?

À toi, femme en devenir,

Cette question t’accompagnera au fil de ta vie telle une boussole qui t’incitera à honorer les pas de ces femmes courageuses qui t’ont précédée.
J’espère, toutefois, qu’elle ne pèsera pas trop lourd dans ton baluchon, qu’elle ne deviendra pas un fardeau mais plutôt un guide que tu sauras façonner à ton image.

Tu choisiras (ou pas) d’être en couple, d’avoir des enfants, une vie professionnelle bien remplie…
Peu importe la vie que tu te dessineras (ou qu’elle tracera en partie pour toi), je t’insuffle une estime de toi qui facilitera ton épanouissement. Veille à entretenir un regard bienveillant mais dénué de complaisance ou de doute envers toi-même.

Sois une digne gardienne de ta valeur en prenant garde à la comparaison et au jugement. Des échos de la société qu’il faudra apprendre à filtrer afin de préserver ton essence, la personne que tu es et celle que tu souhaites devenir. Ce sera à toi d’envisager la meilleure avenue à emprunter. Il te faudra parfois nager à contre-courant en misant sur tes choix, tes capacités et ta confiance.

Apprends à t’entourer de gens qui t’aiment d’un amour vrai, généreux et qui sauront te mettre au défi lorsque le doute se pointera là où il ne devrait pas.
Les autres, laisse-les partir à la croisée des chemins.
Tu élargiras ainsi les voies pour aimer et donner plus amplement à ton tour.

Au fil du dernier siècle, plusieurs caps marquants ont été franchis pour les droits des femmes.
Malgré tout, certains enjeux demeurent et d’autres sont susceptibles de se fragiliser.
Aujourd’hui, demain et toujours, les femmes gagneront à unir et célébrer leur unicité.
N’oublie jamais que de petits gestes peuvent faire de toi une grande femme.

Est-ce que réussir sa vie de femme, c’est aussi…
Se réaliser peu importe la forme, l’ampleur ou la reconnaissance qui y sera associée;
Allumer des étincelles d’humanité ici et là;
Tendre la main, l’oreille à celle ou celui qui en a besoin;
Se relever, continuer d’avancer, les yeux fiers et la tête haute;
Valoriser les grandes et les petites victoires?

La vie de femme que tu te tailleras, je te la souhaite sur mesure, pour toi.
La mensuration « taille unique » n’existe pas (et si c’était le cas, est-ce enviable?).
Si un bon de commande existait, j’inscrirais…
Imperméable au jugement des autres;
Vaporeuse pour laisser passer la lumière les jours de doute;
Légère pour te permettre de te réaliser, danser ta fierté;
Et…précieuse.

Photo: la femme derrière la petite fille, c'est ma grand-maman, mon roc 💓⭐

lundi 23 décembre 2024

Itinérance | Une goutte d’humanité peut percoler



Bien emmitouflée dans mon manteau à capuchon, je sillonne les rues de Montréal avec mon sac à dos. Je porte attention à ceux qui n’auront pas la chance de reprendre la route d’un nid douillet lorsqu’ils en auront assez. C’est officiellement le premier jour de l’hiver mais pour eux, il fait froid depuis trop longtemps déjà…

Un homme tend son verre de carton aux automobilistes arrêtés au feu rouge. Je lui offre un sac dans lequel il trouvera des bas chauds blancs (cela permet de détecter plus facilement les blessures qui risquent de s’infecter si elles ne sont pas soignées), deux barres protéinées et trois dollars pour un café (ou ce qu’il décidera d’en faire), du chocolat et une carte de souhaits. Que souhaiter à un être humain vivant en situation d’itinérance? Mon cœur tenait à lui exprimer mes vœux, à le « voir » et à entretenir l’espoir. L’homme m’a remerciée et j’ai repris ma route afin de ne pas lui faire louper le prochain feu rouge et sa potentielle récolte.

Quelques pas plus loin, j’aperçois un homme assis bien droit sur un banc où un rayon de soleil le baigne dans une lumière chaude et calme. Une fois près de lui, je le salue et lui demande s’il accepte ma pochette. Son visage reconnaissant acquiesce en me demandant:

- Quel est votre nom?

- Geneviève et vous?

J’ai dû m’y prendre à trois fois afin de bien prononcer son prénom.
D’une voix patiente et souriante, il m’en explique l’origine :

- Je suis un Montagnais de la région de Sept-Îles.

On se serre la main. L’homme à la force tranquille est à Montréal depuis 11 ans. Il s’ennuie de son coin de forêt. En pointant à gauche avec sa main nue boursoufflée par une exposition répétée au froid mordant, il désigne un organisme venant en aide aux sans-abris. Il dit avoir eu vent qu’on y offrait parfois un billet pour retourner dans sa communauté. D’un ton chagriné, il lâche:

- Je ne sais pas... Maintenant, l’édifice semble vide, sans personne là-bas.

Un financement non renouvelé?

Au coin d’une rue achalandée, un homme s’enroule dans des couvertures de fortune alors que plusieurs passants le contournent, les bras chargés de paquets griffés.  Je ne trouve pas mieux à faire que de laisser mon petit sac près de ses souliers… À trop peu de mètres de là, je croise une autre personne étendue à même le sol, sale de tout ce qu’on peut imaginer avec pour compagnons, des pigeons picossant autour de sa couchette. Tant de boîtes de carton vues ici et là ont probablement servi de « matelas » à d’autres...

Je me sens ridicule avec mes maigres offrandes. Les besoins sont si vastes, vitaux et les ressources insuffisantes.

J’aperçois une femme âgée coiffée d’un joli bonnet blanc, vêtue d’un pantalon de pyjama à carreaux rouges et noirs derrière un panier de magasinage chargé de ce que je présume être, ses précieuses possessions. Je lui offre mon modeste don, elle me sourit en me graciant de son regard bleu océan :

- Vous êtes un ange!

Celle qui pourrait être ma mère est fière de me parler de sa vie d’antan :

J’avais un appartement charmant, impeccable. Je regardais la télévision avec mes chats. C’était une vie tellement agréable!

C’est à ce moment qu’elle tourne son carrosse vers moi pour me présenter son fidèle compagnon : Holly, un chat noir bien installé dans sa cage recouverte d’une couverture. Puis, un homme attablé au café d’à côté s’approche et demande à Winnie (nom fictif) si elle souhaite un café. Ce gentil homme prend le temps de s’enquérir de ses préférences. Il revient avec le breuvage chaud. Nos regards se croisent et sans un mot, l’homme prend ma place sur le banc. Avant de partir, je les regarde et mon cœur se gonfle d’espérance… Une goutte d’humanité peut percoler et se transformer en ce que chacun d’entre nous prendra le temps de créer.

mercredi 4 décembre 2024

Ma grand-maman, mon précieux roc, faisait du bénévolat


 

Lucille disait affectueusement : « Je m’en vais voir mes petits vieux. » alors qu’elle avait rejoint elle-même le rang des octogénaires. Grand-maman enfilait ses bottes, son manteau, son chapeau et ses gants avant de jeter un coup d’œil dans le miroir pour appliquer la touche finale à sa douce coquetterie, son rouge à lèvres. Puis, un tour de clef dans la serrure, un escalier à descendre et hop! D’un pas décidé, elle était en route vers l’arrêt d’autobus. Attendre en regardant les passants ou la neige tomber (sans cellulaire pour se distraire…), trois marches à grimper (Lucille est menue;-) et salutation courtoise au chauffeur (pourquoi pas? Ça va de soi pour Grand-maman). Été comme hiver, elle voyageait en transport en commun pour se rendre là où on l’attendait au bout de son trajet. Là où elle se sentait utile. Là où elle distribuait son sourire, sa présence, son aide (parfois aussi des biscuits) et quelques poussées d’humanité pour ses aînés en fauteuil roulant.

Un demi-siècle ainsi que moult événements historiques, culturels et politiques séparent nos naissances… Malgré la distance générationnelle, Grand-maman a su nous tricoter une relation qui encore à ce jour, réchauffe mon cœur et m’emplit de sérénité. Une écoute authentique, de l’amour et « être », tout simplement. Voici la recette de ma grand-maman qu’elle réussissait divinement (tout comme son vaporeux et délicieux gâteau des anges;-).

À ma connaissance, Lucille n’a jamais encouragé qui que ce soit à faire du bénévolat. Elle le faisait, c’est tout. Généreusement pour ses « petits vieux » mais un tantinet pour elle aussi, j’en suis persuadée.
Je ne peux que supposer car elle nous a quittés sans que je n’aie pu sonder ses réflexions à ce sujet. Grand-maman a grandi parmi l’épicerie familiale, élevé sa famille, collaboré à l’entreprise de son mari (mon grand-papa décédé avant ma naissance) puis plus tard, occupé un emploi dans une grande firme d’ingénierie de Montréal.  Avec le recul, je me demande souvent comment elle faisait pour garder sa maison impeccable (ex : ménage du printemps / d’automne, frottage d’argenterie et du lustre), travailler, cuisiner, aller à la messe le dimanche, lire, jouer au Scrabble, recevoir famille & amis, naviguer les aléas de la vie sans oublier d’« être ».

À la retraite, le réveille-matin et l’horaire du train ne régulaient plus ses journées mais son cœur, lui, avait encore tant à donner. Je ne me rappelle plus du moment exact où elle a commencé à « bénévoler » mais sans le savoir, ni en avoir parlé, Grand-maman m’a légué ce désir.
Elle avec ses « petits vieux » et moi avec mes « petits patients ».

Il suffit de discuter avec un membre de son entourage ayant aidé un étranger à se sortir d’un banc de neige ou offert une plage horaire à une cause qui lui est chère (de façon spontanée, organisée ou pas). Vous entendrez un sourire dans sa voix et observerez des étoiles dans ses yeux. Elles vous donneront peut-être envie de vous joindre à un mouvement de solidarité. Apporter un peu de lumière dans un monde parfois trop gris et « serre-cœur ».

Peu importe le temps dont on dispose ou les motivations qui incitent une personne à faire du bénévolat (ex. : briser l’isolement, tisser des liens avec sa communauté, se sentir utile, partager un talent, des connaissances, etc.). Donner, ça fait tant de bien. À qui? À tous mais je reste convaincue que le « donneur » reçoit bien plus que les heures offertes aux autres. Une richesse humaine partagée en vivant l’instant présent. Jeunes et moins jeunes, ensemble, nous pouvons contribuer à égayer notre monde de beauté.

lundi 28 octobre 2024

Réflexion | Sommes-nous courtois?


Sommes-nous trop pressés par le temps, préoccupés par notre propre existence ou absorbés par un indéniable besoin de validation (en tentant de générer des mentions « j’aime ») que la courtoisie semble nous échapper doucement (mais sûrement)?

Le dictionnaire Larousse définit la courtoisie comme une « Attitude de politesse raffinée, mêlée d'élégance et de générosité ; civilité. ».
De cette courte définition, je retiens deux mots : générosité et civilité.
Admettons que la générosité soit la cerise sur le sundae et que nous l’offrions avec parcimonie.
La c
ivilité, quant à elle, continue de rimer avec « vivre en société ».
On ne parle pas ici de complaisance, soit la « Disposition d'esprit de celui qui cherche à faire plaisir en s'adaptant aux goûts ou aux désirs de quelqu'un ou… d’indulgence excessive. ».
Non. Seulement tendre à être conscient de l’autre, du monde extérieur.

L’effacement graduel de petits gestes en témoigne :

-        Céder le passage à une personne alors que nous croisons le même cadre de porte dans une cage d’escalier ou aux gens qui doivent sortir du métro avant que nous puissions y entrer;

-        Le cycliste qui partage la route plutôt que de rouler à vive allure près d’un coureur sur une rue passante en lui criant des bêtises parce que ce dernier ne s’est pas jeté dans le fossé lorsqu’il est passé à côté;

-        Prendre le temps de répondre à une invitation qui nous est adressée même si nous devons décliner;

-        Sourire plutôt que de signifier sa frustration et son agacement en offrant un visage contrarié à la jeune caissière qui a pris deux minutes pour discuter gentiment avec la cliente avant nous;

-        À la personne qu’on retrouve après un moment autour d’une table pour s’enquérir du projet qui lui tient à cœur et dont elle nous a déjà glissé un mot il y a quelque temps;

-        Faire preuve de patience envers l’automobiliste nous précédant qui met un temps fou (5 secondes) afin d’identifier une place de stationnement pour se garer;

-        Émettre un accusé de réception ou (encore mieux) une mise à jour à l’employé qui s’enquiert de son prochain contrat même si les détails ne sont pas finalisés;

-        Reconnaître la présence d’un autre randonneur croisé à moins de 10 cm de soi dans un sentier en lui offrant un visage « ouvert » (si l’envie de sourire ou de saluer ne vient pas spontanément).

En lisant ces exemples, certains penseront : « Ça va de soi. » et d’autres y verront peut-être des pistes de réflexion ou des occasions de peaufiner leur courtoisie (j’en suis!). 

Depuis des lustres, enfants (et grands) entendent la règle d’or qui nous invite à traiter les gens comme nous aimerions être traités nous-mêmes.

Est-ce que ces marques de respect prendront parfois du temps, nécessiteront qu’on aménage une case spéciale dans notre esprit ou que l’on prenne (peut-être) des notes? Certainement. Auront-elles le pouvoir de gonfler le cœur de l’autre alors que la vie est parfois bien occupée à le serrer? Assurément.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir des mots, des sourires et des petites attentions.
Se tourner vers l’autre, c’est si beau, bénéfique et c’est gratuit!

mardi 10 septembre 2024

"Tout pour être heureuse"


La molécule salvatrice, celle de la dernière chance, celle au-delà de laquelle on lève le drapeau blanc pour ne pas devenir l’ombre de soi-même.
La psychothérapie, les séjours en psychiatrie, l’amour de ses proches et répétez.
Que dire? Quoi faire lorsque l’être aimé a TOUT essayé et qu’il peine à envisager l’avenir?

Les pattes (et l’esprit) qui se sont agitées frénétiquement sous l’eau pour garder la tête à flot depuis tant d’années sans arriver à ignorer que tout autour, plusieurs semblent glisser plus aisément sur les vagues de la vie.

Lorsqu’exister n’est plus suffisant et que l’espoir de se sentir utile, de contribuer à la société, d’être autonome et de développer son potentiel s’évanouit à force d’avoir tant essayé.
Cette personne aura été « chanceuse » si elle n’a pas croisé un « Secoues-toi les puces! » qui ne font qu’exacerber le sentiment d’incompétence, de ne pas être à la hauteur, une fois de plus.

Certains résisteront à l’appel des substances pour apaiser « le mal invisible» alors que d’autres tenteront d’y trouver un apaisement momentané au risque de le voir se transformer en cyclone destructeur.

Les troubles de santé mentale sont vastes et sans distinction. Nous sommes tous à quelques pas d’être touchés personnellement ou à titre de proche-aidant, d’avoir une sœur, un frère, un parent, un ami ou un collègue affecté par un trouble mental. Sans compter que tous les jours, nous croisons des gens qui en souffrent :

- le promeneur au regard triste (ou pas) croisé dans un sentier;
- la voisine dont la voiture ne bouge plus de son stationnement depuis plusieurs jours;
- la personne à qui on demande : « Comment ça va? » sans trop attendre la réponse ou en espérant un générique : « Bien, merci. »;
- le collègue dont les absences répétées portent à penser qu’il souhaite se la couler douce;
- celle « qui a tout pour être heureuse » mais dont le thorax l’oppresse au point de devoir courir plus d’une fois par jour pour se propulser ailleurs;
- l’itinérant, devenu orphelin de soutien;
- Etc.

Accompagner un proche est souvent un périlleux exercice d’équilibre où les limites sont difficiles à tracer. À cela s’ajoute la notion de confidentialité qui comporte son lot de frontières à naviguer.
Elles semblent encore plus imperméables lorsqu’on traite les troubles mentaux par opposition aux maladies physiques. Vivre SA vie en parallèle sans basculer dans la culpabilité et l’inquiétude est un défi de taille.

Ici et là, des organismes communautaires, des anges de la santé, des intervenants sociaux et des policiers font office de phares bienveillants auprès des personnes vivant avec un enjeu de santé mentale et leurs proches lorsque les ressacs de la crise se déploient.
Il n’en demeure pas moins que des investissements accrus en santé mentale sont vitaux afin de favoriser les avancées de la recherche, l’accompagnement, les services et… l’espoir.

Tant de maux humains et sociétaux semblent se rattacher à la santé mentale…
Elle mérite d’être au cœur de nos discussions, de nos préoccupations et de nos priorités.

Texte publié dans La Presse le 12 septembre 2024.

dimanche 17 décembre 2023

Un souhait pour tous les Nicolas…


Je suis Nicolas (nom fictif).

- Moi, c'est Geneviève.

- Bonjour Geneviève. Je te serrerais la main mais j'ai plein de microbes, lance celui qui est habillé pour aller jouer dehors avec sa salopette et son manteau, les bottes d'hiver en moins. Il vit dans la rue. Nous sommes à huit jours de Noël, le froid approche...

Je me tiens debout devant lui. Nicolas est assis au sol sur un duvet autrefois immaculé, aujourd’hui marbré de saletés. Il me regarde de son regard bleu océan, en contre-plongée.
L’image me chavire… 
Le bel homme qui se trouve devant moi (oui, Nicolas aborde un physique attrayant) porte une casquette qu’il soulève de temps à autre pour gratter ses cheveux mi-longs aux reflets blonds roux.

L’espace d’un court moment, ici, maintenant, dans la rue, je baigne dans sa réalité…
Nicolas n’a plus de famille ni d’amis.

- Des amis comme ça, t’en veux pas, précise-t-il avec un sourire en coin.

Il répète à quelques reprises que ses parents ont été tués. J’écoute. Sa fille adolescente habite avec sa mère. Il ne la voit pas.

Qu'est-ce que je vais faire? L'amener ici, dans la rue! Je la laisse avec sa mère mais que personne ne la touche!, dit-il avec résignation mais bien ancré à l’amour viscéral du père.

Depuis que la vie de Nicolas a basculée il y a plus de 10 ans, il cumule les boulots en construction ici et là mais jamais assez longtemps pour se permettre un nid, à lui. Pendant ce temps, les policiers exigent qu’il se déplace…

- Je veux juste mon appartement, ma vaisselle... Je suis propre. Quand j'avais mon logement, on pouvait manger sur la céramique.

Nicolas n’est pas imperméable au jugement des autres.
Il en pleut des « Il n'a qu'à travailler » mais le filet de sécurité doit être tissé serré pour sortir de la rue. Tant de facteurs et de problématiques avec lesquelles jongler et si peu de ressources pour accompagner.

-  Je me suis battu, je me suis fait battre. Je suis fatigué.
J'ai le goût d'aller rejoindre ma mère au paradis.

Je passe une vingtaine de minutes avec lui parce que son histoire m'intéresse, parce que sa situation me bouleverse, parce que même si je viens de faire sa rencontre, je ne veux pas qu'il se jette devant une voiture comme il vient de l'évoquer. L’écouter et lui offrir des barres protéinées. C’est si peu...

Nicolas, c'est mon égal, c'est mon frère, mon cousin, mon collègue, mon mécano. Un humain qui a besoin d'aide pour se relever. Encore et encore s'il le faut.

Avant de reprendre mon chemin, je partage mon souhait avec Nicolas. J'espère de tout cœur qu'une main et une autre se tendront vers lui et qu'il les acceptera en sachant qu'il mérite de vivre décemment. Il a du potentiel, un grand cœur et tellement à offrir. Je sais, je l’ai vu dans ses yeux.

* Ma rencontre avec "Nicolas" a fait son chemin jusqu'à La Presse:
https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2024-01-04/itinerance/un-souhait-pour-tous-les-nicolas.php

mercredi 16 août 2023

Sur la route...

- une autoroute, du béton et des cônes oranges bordés d'un champ de petites fleurs blanches enjouées
- une maison abandonnée ornée d'une vigne florissante
- des nuages gris entre lesquels émane le bleu espoir du ciel
- un trajet en voiture assorti d'un mal des transports puis, la chaleur d'un rayon de soleil sur l'épaule tel une main aimante et réconfortante
- un arrêt station-service où souffle une brise oxygénante
- tout près, une vieille voiture fait demi-tour pour permettre à son conducteur au visage réjoui une rencontre virtuelle

Pendant ce temps...
- coeur de maman serré d'avoir laissé grand fiston à la maison, une escapade en amoureux bienvenue à la croisée d'un rôle parental à redéfinir
- cœur nostalgique d'une vie de famille passée, d'une garde rapprochée liée à la petite enfance qu'on doit se résigner à filtrer pour en extraire et chérir les fabuleux souvenirs
- une bulle familiale qui doit se remodeler pour se faire plus grande, flexible, moins étanche, plus aérienne
- malgré les encouragements gentiment moqueurs de l'amoureux-papa, la maman peine à laisser s'envoler leur garçon alors qu'il déploie ses ailes et qu'il a la vie devant lui
-Elle, à la frontière de la nostalgie, de la fierté, de la gratitude, de rêves et de pays à explorer
- Lui, déjà prêt pour ce nouveau trajet
- amalgame mère, femme, amoureuse (et grand-maman au pluriel un jour, je l'espère;)❤️





"Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur."

  Exercice proposé par Éric-Emmanuel Schmitt dans son cours de maître écriture : Écrivez une courte nouvelle commençant par : « Rien ne s...